R. Louf Directeur Général au RFB


Pour son premier match à domicile en tant que nouveau directeur général des Francs Borains, Roland Louf retrouve son autre « club de cœur », La Louvière. Dans un match capital pour la suite de la saison. Coup d’envoi ce samedi, à 20 heures.

Roland, vous rêviez d’un meilleur début pour votre retour au RFB…

J’ai retrouvé les vraies valeurs du foot et des gens en interne, les bénévoles, mon ami David Lasaracina, connu ici comme jeune administrateur, Bob Di Antonio, ou un président, un patron très entrepreneurial que j’ai appris à apprécier.

Mais, le temps de remettre des noms sur les visages, il a fallu gérer les incidents à Solre et organiser le match.

Un tournant, déjà?

Le RFB a eu deux unités d’avance à un moment, et, contre Wavre, la possibilité de mettre la RAAL à quatre longueurs. Cinq points, ce n’est pas insurmontable.

Un choc au sommet entre les meilleures équipes de D3?

La RAAL a du talent, mais est avant tout compacte, solide, bien en place. Ce n’est pas pour rien qu’elle n’a perdu aucun match. Nous avons du talent, des qualités individuelles et techniques, mais nous avons gaspillé, contre Wavre, Manage, Couvin, sept points à domicile, en plus des défaites à Binche et Solre. Bref, une sorte d’inconstance. Trop de nervosité ? Prendre trois rouges et dix jaunes en trois matches n’est pas normal pour une équipe qui a la possession. Manque de maturité, de calme? En tout cas, le titre n’est pas joué, le championnat pas fini, et il peut aussi rester le tour final. L’an passé, le RFB aurait pu émerger au RWDM : l’issue aurait été différente.

Y aura-t-il renfort ou élagage ?

Pas de départ à ma connaissance, peut-être un renfort offensif, vu que la finition fait défaut, et quelqu’un au milieu. Cette analyse est, dans le court terme, pour David Lasaracina et notre coach, puisque je découvre l’équipe, hormis Bailly, Vanderlin,… J’ai bien connu Lai à ses débuts à Mouscron, en attaquant aux cheveux longs ! Maintenant, il se débrouille plutôt bien en 6 ou 8!

La RAAL, même nouvelle version, doit vous évoquer votre meilleur souvenir sportif, non?

Oui, il a fallu que mes deux clubs de cœur s’affrontent pour mon premier match à domicile, et que les équipes luttent pour le titre ! En tout cas, l’aventure vécue à La Louvière reste inoubliable: quand je vois l’envie qu’a Charleroi d’obtenir un titre, je comprends. Et nous avons accompli ça avec des bouts de ficelle à La Louvière, lors de cette Coupe de Belgique gagnée en 2003 ! Incroyable : battre Saint-Trond (3-1), qui se voyait déjà gagnant ! Benfica aussi a été magique, toute la période était top ! Je n’ai côtoyé Daniel Leclercq que le temps d’assister au premier match de Proto entre les perches, contre La Gantoise, et le Français m’annonçait qu’il arrêtait. J’ai fait venir Ariël Jacobs et des doutes ont suivi, car nous étions avant-derniers au mercato. Nous nous sommes séparés de joueurs tels Suray, Thans blessé, ou Dias, l’ex-Montois du Standard, pour n’engager que Rogerio. Et l’équipe a commencé à tourner! Fini, les vedettes: nous avons ouvert le marché vers la France, découvert Blay, Onyewu, etc.

Votre plus belle réussite?

Le plus fort : Odemwingie, pris avec le conseil de David Lasaracina, qui débutait, mais Klukowski, célèbre inconnu, a aussi réussi une belle carrière, Ishiaku venait de Roulers, en D2… A cette époque, les dirigeants ou les directeurs sportifs bougeaient le cul de leur chaise, alors qu’aujourd’hui, ils demandent le catalogue aux agents. Il faut oser prendre des risques, ne pas se dire qu’un transfert a coûté, donc qu’il est bien. J’ai toujours cherché des joueurs gratuits : si tu te plantes, c’est pour ta pomme…

Ces risques ont à l’époque conduit au sacre en Coupe.

Nous avons par exemple continué avec le gamin, le troisième gardien, plutôt que Tidman : Proto n’a plus quitté le but.

La nouvelle RAAL, version Curaba, et le RFB : deux clubs qui veulent aller de l’avant.

Comme Liège et le RWDM, La Louvière est une terre de foot: on met un ballon au terrain, et il y a toujours du monde, même quand il n’y a pas match ! Le public est chaud, chaleureux. Les Francs Borains ont ça en partie…

… Mais il est difficile d’élargir l’audience, dans le Borinage…

Il faut franchir un palier, réenclencher une dynamique de succès, pas seulement gagner des matches, mais des titres. En Hainaut, les RAAL-Olympic, Mons-RFB à 6.000 personnes ont disparu. Mons-Borinage mérite plus.

Le plan Horizon 2022, la D1 amateurs: réalité ou limite, vu, e.a. les infrastructures?

La région mérite mieux que deux clubs en D3! Des engagements sont pris pour augmenter le nombre de terrains, via la fusion avec Hornu. Et grâce au deal lié à la revente du matricule à Seraing, le club a été libéré de son passif, une gestion saine a été assurée. Le RFB est en boni sur la saison écoulée, élément important. C’est très bien de conserver un bas de laine, de faire du développement en équilibre. Et si notre ascension prend plus de temps, eh bien, je préfère grandir pas à pas et rester ambitieux qu’arriver à la situation qui fut celle du RBDB. Ça ne me dérange pas de me rapprocher de clubs comme Mouscron, Charleroi, pour disposer d’U21 coincés dans un championnat dépourvu de résultats. Et je veux aussi voir notre école de jeunes…

Et, pour avoir jugé de près ces expériences, résister à la tendance de faire appel aux investisseurs étrangers, un jour, comme les clubs de D1B ?

C’est bien de rester autonome, avec des fonds propres, un ancrage local. J’aimerais un club structuré, stable, qui recrute du bon, pas cher, avec une bonne formation, post-formation. La réforme de l’ex-D2 a permis aux clubs d’obtenir 500.000 euros de droits TV au lieu de 25.000, mais cela ne permet pas de rester en D1A. Alors, tous se font mal pour monter, seul le Beerschot travaille en auto-fonctionnement.

Un exemple à suivre?

Comme Mouscron, les Anversois ont enchaîné les montées. Des exemples, mais attention, si c’est pour arriver dans des mains douteuses, ce n’est pas mon objectif. Par contre, je ne vois pas ce que nous avons à envier à Châtelet, en D1 amateurs.

STÉPHANE DUPUIS
Vingt ans d’écart
VENDREDI, JANVIER 12, 2018 – 14:02
En vert, à nouveau!
En vert, à nouveau ! – E.G.
Ses premières années RFB, Roland Louf ne les a pas oubliées. « Je suis arrivé quand le club venait de descendre en Promotion A, avec la rivalité des nombreux Flamands. André Gorez remplacé par Fred Breinich, nous avions évité la relégation sportive de justesse, mais au vu des finances difficiles, nous avions opté pour une mise en liquidation du club, qui avait donc redémarré un échelon plus bas. » Avec un groupe d’administrateurs et le président Di Loreto en P1, le RFB a donné le coup de talon nécessaire au fond de la piscine pour sortir la tête de l’eau: « Trois années fantastiques avec Breinich et les montées en Promotion et D3. Jagiello est ensuite revenu et nous avions une super équipe avec Rinaldi, Calicchio, Thaddée Gorniak, Palomino, etc. Nous avions joué la tête avec trois prétendants, Mons était monté et nous avions disputé le tour final (en mai 2000). » L’écharpe RFB au tour du cou pour un titre cette fois ?

L’homme qui a assuré la survie du RFB
VENDREDI, JANVIER 12, 2018 – 14:57
Il a déjà retrouvé ses repères au stade.
Il a déjà retrouvé ses repères au stade. – E.G.
Si les aléas de la vie dessinent les parcours, pour suivre celui de Roland Louf, il faut un GPS performant. Après une double fracture tibia-péroné à 18 ans, le Brabançon a entraîné dès 23 ! « De la P2 à la Promotion, j’ai coaché Overijse », dit-il. « Puis, j’ai rencontré Jagiello, qui venait d’écrire la page d’or des Francs Borains, avec l’épopée 85 en Coupe ! L’homme à la casquette rouge partait pour l’Union et cherchait un adjoint. » Après divers clubs en Promotion, Roland Louf a terminé sa carrière d’entraîneur à Walhain en P1. « J’ai reçu un coup de fil de M. Palmieri, président du RFB, à la recherche d’un manager général. Directeur relations publiques et marketing pour Ladbrokes, je me suis dit ‘pourquoi pas ?’ » En franchissant le pas, Roland Louf ne se doutait pas, en 1995, qu’il enchaînerait les expériences foot en tous genres. Et, après de belles années au RFB, qu’il irait en D1, à La Louvière pour soulever la Coupe !

Mouscron, un , deux, trois
La belle histoire s’est terminée en 2004, le président Gaone ayant annoncé qu’il arrêtait, par manque de soutien de la Ville et des partenaires locaux. Ariël Jacobs filait à la direction technique de Genk. « Et moi à Mouscron, auteur d’une bonne saison avec Leekens, mais dans une situation financière inextricable avec 4 millions d’euros de perte d’exploitation ! Saint-Jean engagé, il fallait vendre : Pieroni à Auxerre, Mbo Mpenza et Grégoire à Anderlecht, Dugardein à Caen. Ça a fait beaucoup… » Des tensions avec l’omnipotent Detrem’, un départ, un come-back et ces étranges pistes kazakhes suivies par le maître des lieux pour point final.

Fin 2007, Roland Louf plongeait alors un autre rythme que celui de la vie de club. « Directeur de la comm’ et du marketing à l’Union belge, j’y ai amené ING, aujourd’hui lié aux arbitres, et l’équipementier Burrda, le plus gros sponsoring jamais signé à la fédé ». Et s’il a répondu à nouveau à l’appel d’un club, il y a encore connu des heures difficiles : « Quand je signe, Eupen est en D1, mais descend lors du tour final avec les D2. Arrivé à la demande de l’Italien Imborgia, je suis parti cinq jours après le putsch d’Ingo Klein. Celui-ci m’avait dit que les fonds ne me concernaient pas… Il s’est fait arrêter quelques mois après pour malversations financières. » L’éphémère investisseur a eu le temps de faire des dégâts, et Roland Louf est rappelé à la rescousse, à l’heure où le club se bat avec Charleroi pour aller en D1 : « Il m’est dit qu’il y a un problème de licence, de petites croix à remplir, pas grand-chose… sauf qu’il faut trouver un million en trois semaines ! Lucien D’Onofrio, qui n’est plus au Standard, y voit un intérêt sous trois conditions : qu’il devienne l’actionnaire principal, que je gère le club et que la licence soit garantie. » Perturbé par ces remous, l’AS n’a pas accédé à la D1, mais a obtenu la licence et a été revendu à Aspire. « Deux jours après, son représentant m’a félicité pour le travail et m’a prié de dégager… »

Le RBDB redevenu RFB
Sur le carreau, Roland Louf a fait une nouvelle rencontre. Pour un dossier improbable et capital pour le foot borain ! « Président de Metz, Bernard Serin me mandate pour trouver un club satellite, à Seraing, alors en P1 ! Comment y arriver ? Un soir, je croise de vieilles connaissances, MM Wuilquot et Urbain ». Les félicitant du beau parcours en D2 avec Arnauld Mercier, il apprenait dans le même temps que les dirigeants étaient dans une impasse. « A moins d’un miracle, c’est la clé sous le paillasson, me disent-ils. J’ai proposé la solution du rachat de matricule, pour mettre les dettes à plat, et placer Seraing en D2. J’ai été le premier à délocaliser un matricule en Belgique ! Mais il en fallait un pour les Borains, M. Serin s’y étant engagé. Je suis tombé sur Roberto Leone et le matricule abandonné de Charleroi-Fleurus. Le RFB était donc en D3, sans un euro de dette. Le hic, en six journées, Charleroi-Fleurus passait de la 10e place à la relégation et le RFB recevait un matricule de Promotion. » Malgré une compensation financière plus importante, le RFB ne profitait pas de la réforme pour quitter la D3 amateurs. Louf effectuait un retour à Mouscron, vidé de son univers lillois suite au conflit d’intérêts né de l’arrivée de Coucke au LOSC : « Le président Vandaele avait besoin d’un kamikaze. Je suis arrivé dans des bureaux vides, sans staff ni équipe, avec 4 millions de budget et une licence attaquée par le Cercle, qui jugeait cela insuffisant en D1. » Au fil du temps, les visions des investisseurs étrangers et du Brabançon n’avaient plus de lien commun : « Janevski viré sans que je le sache, idem pour des arrivées de joueurs, alors que j’étais responsable financier ! » Jugé « conflictuel », Roland Louf s’est retrouvé un an sans foot : le revoilà dans un monde amateur qui lui parle.